Triptyque

Publié le par René-Pierre Samary

Triptyque

Tryptique est le titre générique d'une série de trois volets, dont le Bye Bye Blackbird, aux éditions Edilivre, est le premier tableau. Samia en est le personnage principal. D'autres personnages, dont Françoise, sont en retrait dans « cette histoire d'amour qui se déroule dans la Caraïbe ».

Françoise est sur le devant de la scène dans La Revenante. Isabelle sera en vedette dans Notes d'Ilavach.

Les femmes peintes (avec quel parti-pris!) dans Triptyque sont quatre, comme les Mousquetaires. Suzanne est le d'Artagnan de mes trois récits, dont je m'empresse de dire qu'ils sont en grande partie imaginaires. Je ne suis pas mort, comme l'est Frédéric à la fin de Bye Bye Blackbird, mes cendres ne sont pas pieusement gardées dans une urne comme à la fin de La Revenante, ma famille ne pleure pas un inconnu comme dans Notes d'Ilavach. J'ajoute, et j'insiste sur ce point : je n'ai jamais eu de relations incestueuses avec ma cousine, une vieille personne charmante qui jamais n'a eu, à ma connaissance, les idées de Suzanne, la cousine de Frédéric.

Pourquoi se donner la peine d'écrire un roman ?

Sans doute est-ce le seul moyen de dire des choses indicibles. Il y a de l'obsession là-dedans, une obsession qui a grandi au fil des années, sans cesse contrariée, éludée, ralentie, par le besoin de gagner sa croûte, par mon caractère tourné vers l'action, d'où mon mode de vie actuel.

L'écriture d'un essai, d'un pamphlet, était tentant. J'aurais voulu, avec mes pauvres moyens, dire pourquoi il me semble que tout se barre en couille, dans ce pays comme en Occident. Et voyez ma maladresse à l'expliquer ! Les couilles, dont quelques rares femmes politiques se sont montré pourvues, c'est justement ce qui manque, quand tout part en quenouille. Je ne me prive pas d'en accuser la féminisation des esprits, la gynocratie dans sa marche triomphante. C'est brutal, et sommaire, cette analyse. Mais justement, là où un essai devrait expliquer, relativiser et tout et tout, l'écriture romanesque peut le faire, puisque son principe, selon Claude Dantzig (Pourquoi lire), n'est pas l'exhaustivité, mais l'observation du particulier, et l'épuisement d'un détail.

Il aurait fallu, dans un essai, démontrer. Démontrer que le socialisme -ce communisme efféminé selon Frédéric – avait partie liée avec cette féminisation des esprits. Démonstration dont je suis incapable, faute d'avoir fait des études, de disposer de références nombreuses et surtout du temps pour les collecter. D'autres font ça très bien, et je les admire sincèrement. J'ai utilisé sans vergogne tout ce que je pouvais pêcher pour soutenir mon thème, merci à ces gens sérieux, qui ne se contentent pas de raconter des histoires d'amour -ou de cul, si l'on veut.

Naturellement inquiet de ma production (la timidité d'un « jeune auteur », même cacochyme), je l'ai soumise à quelques lecteurs au stade du manuscrit. J'en étais alors, il y a cinq ans, à écrire Triptyque comme un tout. Mille cinq cents pages environ, une indigestion. On n'est plus au temps de Tolstoï. Impubliable, je le savais. Pas d'amertume là-dedans : c'est ainsi, et voilà tout.

J'ai donc soumis mon ours à un petit panel, nullement représentatif. Comme je le dis dans ma préface à Bye Bye Blackbird, il se trouva un nombre à peu près égal de lectrices et de lecteurs. Côté masculin, il y eut de gentils encouragements, que l'on peut attribuer à une connivence virile. Plus éclairantes furent les critiques émanant de l'échantillon féminin. L'une de ces lectrices, ancienne directrice de collection, abandonna à la vingtième page après avoir corrigé d'inexistantes fautes de français. De plus, elle ne comprenait rien aux histoires de bateaux, qui de toute façon ne l'intéressaient pas. Une autre regrettait au contraire qu'on en parlât pas assez (de bateaux). Il m'a semblé que ces femmes avaient moins le désir qu'on leur raconte une histoire, que de lire l'histoire qu'elles désiraient lire. Une troisième, journaliste pigiste, critiquait mon style, arguant que « maintenant c’était sujet verbe complément ». Une quatrième n’alla pas au-delà de l’exergue de tête, sexiste. Une cinquième vit des longueurs, et à titre d'exemple cita la dizaines de pages de la « lune de miel » entre Samia et Frédéric. Je relisais alors Sous les yeux de l’Occident, où Conrad fait dire à Sophia Antonovna : « Souvenez-vous, Razumov, que les femmes, les enfants et les révolutionnaires exècrent l’ironie, négation de tous les instincts généreux, de toute foi, de tout dévouement, de toute action. Ne raillez pas ! »

Railler semble être devenu aujourd'hui bien vulgaire, cette vulgarité des beaufs, qui seraient à droite, mais peu importe. C'est comme se déboutonner en public, à cela près que le grand débraguettage est encensé quand il s'agit de sexe, pas quand il s'agit des pensées. Langue de velours et langue de bois marchent du même pas. Le populisme est condamné, et avec lui le bon sens populaire, pauvre Boudard !

J'espère, même si la déesse de l'espérance est bien décevante, que quelques divines lectrices jugeront bon de corriger ce misogyne de Frédéric, de mettre le doigt où ça lui ferait mal. Je leur répondrai en son nom. Ma boite mail est ouverte. J'essaierai de le défendre, ici, sur ce blog. A cette fin, je vous propose de découvrir, aussi régulièrement que me le permettent mes obligations « professionnelles », quelques feuilles de Bye Bye Blackbird .

Pour corser un peu la chose, j'imagine un petit quizz. J'ai parsemé – mon côté herboriste - ce premier tableau de quelques citations, en italique, sans les attribuer. Saurez-vous le faire ?

Le titre ne posera pas problème aux amateurs de jazz, et soyez certain(e)s qu'il ne s'agit pas d'un amour des anglicismes, dont j'ai horreur. En revanche, à qui attribuer ces petites fleurs séchées de la page 247, ce encore une fois perdre le Nord de la page 52, de même que ce petit bleu lourd de menaces (page 95). Samia change ce qu'il faut, pourquoi en italiques, page 192 ? Dans quelle œuvre Telemaque s'interroge, page 246 (fastoche !). Qui refuse de se mettre à douze pour honorer la dame, page 283 ? Quel personnage célèbre veut régulièrement en avoir le cœur net (page 290) ? Pourquoi « Marjolaine » a-t-elle de plus nobles façons (page 316) ? Qui conseille d'éteindre par les larmes la colère de qui t'aime (page 326) ? De qui est la phrase sur l’État absolu, détaillé, prévoyant et doux, page 365 ? Qui conseille aux hommes de se souvenir de leur ardeur impétueuse, page 385 ? Qui compare les morts à des têtes sans force (page 392) ? Et enfin, quel auteur se moque de ceux qui votent pour le boucher qui allait les égorger (page 399) ?

Non, il n'y a pas de chemisettes à gagner, pas plus que de croisières de rêve !

René-Pierre Samary

rpsamary@hotmail.com

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